30 septembre 2016

Rencontre avec Iona Grey

Après Karen Viggers, découvrez l’échange passionnant que nous avons eu avec Iona Grey au sujet de son livre Lettres à Stella en compagnie de cinq bloggeuses littéraires. Nous espérons que cet entretien vous permettra de vous replonger dans cette magnifique histoire d’amour, en attendant le prochain livre de Iona Grey !

Qu’est-ce qui vous a inspiré l’histoire de Lettres à Stella ?

Je pense que la partie de l’histoire à laquelle j’ai pensé en premier est celle de la maison vide. Au départ j’ai eu l’idée d’une maison abandonnée qui aurait été négligée pendant de nombreuses années, mais qui serait encore pleine d’objets et de souvenirs. Je savais que le calme serait interrompu par quelqu’un qui n’aurait pas dû se trouver là. Il y a beaucoup de maisons de ce genre dans la ville où je vis, et je les ai toujours trouvées très captivantes, au point de vouloir savoir à qui elles appartenaient et ce qui leur était arrivé. J’ai imaginé ce qui pourrait se passer si une personne y entrait par effraction pour y trouver refuge et tombait sur quelque chose de choquant ou d’intriguant qui la plongerait dans le passé. L’autre partie du puzzle est liée à une lettre manuscrite aperçue sur le bureau de ma fille, et je me suis demandé qui l’avait écrite et quel en était le contenu (honnêtement, je n’ai pas regardé !). Il y a quelque chose d’immédiatement fascinant avec les lettres, et j’ai réalisé que c’était exactement l’élément dont j’avais besoin afin de continuer mon histoire.

 

Comment vous est venue l’idée de ces deux destins de femmes ?

Je ne suis pas sûre de le savoir… Cela peut sembler étrange, mais je n’ai jamais souhaité que Stella et Jess soient confrontées aux mêmes problèmes. Néanmoins, lorsqu’il est devenu évident que c’était le cas, il était très intéressant de voir comment elles les abordaient – chacune de manière très différente –, et de s’intéresser au soutien qu’elles ont reçu.

 

Est-ce que le personnage de Stella a existé ou existe ?

Stella n’est inspirée de personne en particulier mais doit beaucoup à mes deux grands-mères, qui étaient de jeunes femmes pendant la guerre et dont les histoires et les expériences m’ont toujours beaucoup intéressée. Stella a quelques unes de leurs qualités, notamment le dévouement, l’endurance, et l’instinct de faire passer les autres en premiers ; mais son anxiété et son insécurité sont probablement les miennes !

 

Pourquoi avoir choisi le contexte de la Seconde Guerre mondiale ? Est-ce un moment de l’Histoire qui vous intéresse particulièrement ? 

La Seconde Guerre mondiale est une période qui me passionne car j’ai grandi en entendant les membres de ma famille en parler, et j’ai aussi lu beaucoup de romans jeunesse se déroulant à cette époque. Mes grands-parents étaient dans la fin de leur adolescence et au début de la vingtaine lorsque le conflit a éclaté et cela a eu un impact énorme sur leurs vies. Mes grands-parents paternels se sont mariés pendant ces années-là. Les parents de ma mère se sont aussi rencontrés lors de la guerre, je fais donc partie de ces millions de personnes qui n’auraient pas existé si la guerre n’avait pas rassemblé les gens. J’ai grandi avec un grand penchant pour la mode de cette époque, et une grande familiarité pour ses valeurs (comme celle de ne rien gaspiller). J’ai adoré écouter leurs histoires – l’angoisse d’être séparés alors que mes grands-parents étaient de jeunes mariés et de ne pas se voir pendant des mois, la frustration de ne pas pouvoir avoir de nouvelles robes pour les occasions spéciales, la peur constante des bombardements – et ces histoires ont suscité en moi une fascination qui ne m’a jamais quittée. J’ai toujours cherché des fictions qui se déroulent à cette époque, mais aussi des films, des séries ou des documentaires… Lorsque j’ai commencé à écrire Lettres à Stella ce fut facile et très naturel pour moi de créer un monde en guerre : le cadre me semblait très familier.


Le danger inhérent et l’incertitude qui planent en temps de guerre ajoutent une autre dimension à la tension émotionnelle de l’histoire, mais j’ai décidé que ce serait quelque chose de plus petit et de plus intime qui sonnerait le glas de la relation entre Dan et Stella… 

 © Ralph MORSE​
Trouviez-vous important de rattacher l’histoire d’amour entre Dan et Stella à notre propre époque au travers du personnage de Jess ?

Je pense que le temps offre une perspective particulière qui donne de l’importance à un évènement. La vie est remplie de petits moments qui passent à une allure folle, mais certains d’entre eux prennent une telle importance qu’ils durent plus longtemps. En ajoutant ce brin de « présent » dans le livre, j’ai pu souligner ces moments là. J’avais envie de mettre en perspective ces deux histoires : initialement, Jess suppose qu’un amour comme celui de Stella et Dan est impossible à trouver de nos jours, car les hommes comme Dan n’existent plus, mais je crois qu’elle est heureuse d’avoir été démentie par sa rencontre avec Will.

Petite, j’adorais les romans historiques, mais je les trouvais d’autant plus puissants et touchants quand ils étaient racontés depuis notre époque. Je m’intéresse aux effets du temps sur les gens et l’environnement.

 

Avez-vous imaginé une autre fin à votre récit ? Si oui, pourquoi avez-vous choisi celle-ci ?

C’est une question très intéressante … Je ne suis pas sûre d’avoir pensé un jour à une autre fin, même s’il y avait de nombreuses variations possibles sur la route que j’ai prise pour l’atteindre ! Je viens de ressortir les premières grandes lignes que j’ai gribouillé hâtivement pour le livre et je peux dire que c’est vrai – la fin n’a jamais changé de celle que j’avais esquissée au début, même si au départ Nancy avait un rôle plus actif et malicieux pour tâcher de tenir Stella et Dan séparés. J’aurai aimé la voir vivante, dans le présent, comme une vielle dame grincheuse. Mais cela aurait voulu dire qu’il n’y aurait pas eu de place pour Will ! Pauvre Jess !


L’histoire d’amour entre Dan et Stella est selon certains avis de lecteurs l’une des plus belles jamais écrites. De quoi vous-êtes vous inspirée pour écrire un amour si fort et absolu ?

J’ai toujours été attirée par l’idée d’un grand et parfait amour. Lorsque j’étais petite, je me rappelle que j’étais captivée par des histoires comme Raiponce, où le héro et l’héroïne tombent amoureux mais se trouvent séparés par le jeu des circonstances et réussissent tout de même à vaincre ces obstacles un à un pour se rejoindre. C’était une idée tellement importante pour moi que j’ai toujours eu l’envie de l’explorer dans toutes ses possibilités.

 © Ralph MORSE

Avez-vous lu beaucoup de romances avant d’écrire ce livre ? En tant que lectrice, est-ce un genre que vous affectionnez particulièrement ?

Je suis accro aux histoires d’amour. J’adore toutes les fictions historiques, mais mon cerveau semble être formaté pour chercher un angle romantique dans toutes les histoires. J’ai commencé à écrire des romances dès que j’ai dépassé le stade des livres parlant de poneys et de ballets et je ne m’en suis jamais lassé ! (Et j’espère que ça n’arrivera jamais !)

 

Y a-t-il des auteurs qui vous ont influencée pour écrire Lettres à Stella ?

Aucun auteur ne m’a spécialement inspirée pendant l’écriture, mais lorsque j’ai commencé à écrire l’histoire de Stella et Dan, un ami m’a envoyé un exemplaire du livre Une vie après l’autre de Kate Atkinson. Ce roman se déroule également lors de la Seconde Guerre mondiale, et j’adore me plonger dans des histoires qui se passent dans le même contexte que celle que je suis en train d’écrire. C’était donc d’une grande aide et sa merveilleuse prose qui semble avoir été écrite sans effort m’a beaucoup guidée.


De plus, je pense que j’ai été nourrie par beaucoup d’auteurs à succès qui ont écrit de grandes histoires d’amour au sein desquelles il est facile de se perdre. Je me rappelle avoir lu Les Pêcheurs de coquillages de Rosamunde Pilcher et d’avoir été complètement fascinée par ce livre. J’ai su que je voulais écrire quelque chose de semblable un jour.

Quelles difficultés avez vous rencontré lors de l’écriture ? Ce fut un roman facile à écrire, et j’ai adoré le faire. J’ai d’abord écrit l’histoire de Stella et Dan, puis je suis repartie du début et j’ai écrit celle de Jess et Will. J’imagine que le plus compliqué fut de lier ces deux histoires et d’arriver à ce que le passé soit révélé naturellement. Je crois que j’ai eu de la chance. Le prochain livre quant à lui me donne déjà plus de fil à retordre… Je suis toujours au travail, et j’espère qu’il sera publié d’ici la fin de l’année prochaine en Angleterre. (J’ai besoin de l’apprivoiser d’abord !)


Avez-vous l’intention d’écrire d’autres fictions historiques comme Lettres à Stella ?

Je travaille actuellement sur mon deuxième livre et, comme Lettres à Stella, il est construit autour d’une histoire d’amour du passé qui fait écho au présent. J’aime explorer toutes sortes de relations – l’amitié, le lien entre frères et sœurs, ou encore le lien entre parents et enfants – mais je ne peux pas m’imaginer écrire quelque chose qui n’aurait pas une belle romance en son sein ; idéalement une histoire où se mêlent angoisse, choix difficiles, chagrin d’amour et grandes joies.

 

Avez-vous un rituel lorsque vous commencez à écrire ?

Je n’ai pas de véritable routine d’écriture, mais je travaille mieux le matin, avant je ne puisse être distraite par quoi que ce soit d’autre. Je ne suis pas douée pour m’organiser, j’aime livrer les idées comme elles viennent bien que cela me conduise souvent dans des directions quelque peu étranges…

 

Merci encore à Iona Grey et à toutes celles qui ont participé à cette rencontre !

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